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Deuxième
45 tours, totalement mythique (entendez: inconnu). Je ne sais plus
pourquoi, mais il me semble que non seulement il n'a jamais été
mis en vente, mais qu'il n'a carrément jamais été
envoyé aux journalistes, radios et autres médias.
Ah si, ça me revient: EMI fermait son label 'pseudo-indé',
Wanted, qui devait sortir ce single, jeté avec l'eau du bain.
Mais l'expérience
de l'enregistrement fut intéressante: j'avais décidé
de travailler seul avec Christophe Dupouy, un mec super avec qui
je m'entendais bien, et d'être donc plus impliqué dans
la réalisation de ce disque que je ne l'avais été
dans celle du premier (pas trop difficile). Seul problème,
un léger malentendu : Christophe était persuadé
que j'avais des idées précises sur ce que je voulais,
ce qui n'étais pas le cas, tandis que j'étais persuadé
qu'il avait des idées précises sur ce qu'il voulait,
ce qui n'était pas le cas... Résultat, nous avons
perdu du temps en studio à expérimenter avec différents
musiciens. J'en garde un bon souvenir.
En fait, on a tout enregistré deux fois. La première
avec des ex-Comateens (ça vous rappelle quelque chose?).
Nick à la basse (charmant et relativement incompétent)
et Chuck Sabo à la batterie (charmant et très compétent),
qui enchaînera avec Daho et Polnareff, c'est dire... Bon,
quelque chose a foiré, il a fallu tout refaire, on a pris
des bons frenchies bien de chez nous, Bernard Viguié et Mika
Sala, la section rythmique du Niagara de l'époque (pas ce
qu'il y avait de pire dans le groupe). Et ça a roulé.
Sala, promis à devenir un des meilleurs batteurs français,
est devenu manager! Bernard, il roule toujours sa bosse (avec Thomas
Fersen, je crois, mais il a aussi fait partie des derniers Innocents).
Un gars super doué qui se pointe au studio mal réveillé,
en retard et qui enquille sa partie en une prise, puis qui sort
un harmonica de sa poche, qu'on lui avait probablement filé
la veille et qui commence à déconner avec. Je lui
dis, vas-y, on enregistre, il fait n'importe quoi, et c'est là,
sur le disque, toute la fin du morceau, parfaite... Bravo mon vieux.
La dernière fois que je l'ai croisé, il jouait de
la guitare avec mon pote, Marten
Ingle, un autre surdoué méconnu.
Denis Clavaizolle, bien sûr, c'était le clavier de
Murat, ramené par Dupouy, un mec bien allumé. Je ne
connaissais pas Jean-Louis Murat, je ne connaissais pas grand monde,
d'ailleurs, à l'époque (ça n'a pas changé
beaucoup), mais je me souviens qu'il téléphonait au
studio et qu'il s'entretenait avec ses deux soldats, se demandant
qui était ce Stan pour qui ils étaient en train de
cachetonner... La dernière fois que j'ai vu Clavaizolle,
il accompagnait Daniel Darc sur scène.
Un truc me revient,
qui prouve quand même que je n'étais probablement pas
fait pour la carrière populaire que me prévoyait EMI.
Sur le titre "Tout Va Bien", qui est un monument de lenteur
et de tristesse, on avait laissé quelques mesures vides pour
un solo. Mais tout ce qu'essayait Clavaizolle était trop.
Trop bon, trop virtuose, trop maîtrisé, etc. Nous (Christophe
et moi), on lui suggérait des ambiences à la Talk
Talk (période Spirit Of Eden, chef-d'oeuvre absolu)
ou Robert Wyatt, notre obsession commune. Dépité,
le pianiste a soudain laissé tomber sa tête sur le
clavier. Quel génie! Bouge pas, on lui a dit, refais-le,
on enregistre. Et voilà, il est là, le solo de piano
de "Tout Va Bien", sinistre et bouleversant, joué
du front par Clavaizolle.
Enfin, il y avait le guitariste, l'immense et regretté Patrice
Tison. Un mec qui avait joué avec tout le monde, mais surtout
les bons, genre Manset, Bashung ou Christophe. Vaguement intimidant,
quand même... Evidemment, comme souvent, c'était le
mec le plus simple et le plus adorable de la terre. On l'a fait
bosser comme un chien, changer des trucs dans tous les sens, on
ne savait pas ce qu'on voulait, c'était horrible. N'empêche
que quand il a joué l'arpège saturé de "Tout
Va Bien" à fond dans le studio, j'avais la chair de
poule. Je me disais des trucs du genre: 'c'est quand même
un chouette métier'. Bon, j'étais naïf, faut
m'excuser.
Patrice Tison est mort il y a quelques temps. On ne peut pas dire
que la nouvelle ait défrayé la chronique. Je ne le
connaissais pas. J'avais juste passé deux jours avec lui
en studio, un été à Paris, et écouté
des milliers de fois des dizaines de disques sur lesquels il jouait.
C'était un grand.
Ce disque, vous
ne pouvez l'acheter nulle part, alors téléchargez
à mort, c'est gratuit.
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