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Un texte
que j'avais écrit pour l'intro mais qui n'a pas été,
comment dire, retenu...
Des livres sur Nirvana et sur Kurt Cobain, on tape dans un arbre,
il en tombe des dizaines. Alors un de plus ? Et bien, oui, c'est
comme ça. Parce que, finalement, de quoi parlent, le plus souvent,
tous ces livres ? De Kurt, bien sûr, du personnage Cobain: enfant
du divorce, adolescent punk révolté, junkie dépressif, héros de
la 'génération grunge', phénomène de société (de foire, aussi),
suicidé mythique, etc. Mais le succès de Nirvana ne tiendrait-il
qu'à cela ? N'oublie-t-on pas quelque chose ? Ah oui, la musique…
Et oui, comme d'habitude, les journalistes, critiques, auteurs qui
parlent de rock parlent de tout sauf de ça : la musique. Parce que,
tout de même, il est là, le talent de ce groupe et de son leader
et principal auteur-compositeur : dans une poignée de chansons formidables
et incomparables.
Moi, je n'y peux rien, c'est ça qui m'intéresse : la musique. Je
laisse le people aux autres. Il y a des choses que vous ne trouverez
pas dans ce livre, comme le poids de Kurt à sa naissance (pourtant
je le connais, tiens, la preuve, il faisait 3 kg 500), l'histoire
de son premier shoot d'héroïne, les derniers jours de sa vie détaillés
heure par heure, etc.
Bien sûr, son suicide a défrayé la chronique, traumatisé nombre
de fans et l'a fait entrer au panthéon des rock casualties, ces
victimes célèbres du rock, rejoignant ainsi, comme le disait tristement
sa mère, ce " club stupide " des rock stars mortes à 27 ans : Janis
Joplin, Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrison… Mais ce n'est pas
pour cette raison que Nirvana reste le plus grand groupe de la fin
du XXième siècle : ce statut, il l'avait déjà acquis du vivant de
Kurt, et pour de 'bonnes' raisons. Et non, je ne fais pas partie
de ceux qui pensent qu'il faut mourir jeune pour avoir droit au
titre de génie. A l'heure où j'écris ces lignes, Bob Dylan, Neil
Young, Keith Richards, Pete Townshend et bien d'autres sont toujours
en vie. Et John Lennon, un des héros de Cobain, est mort à 40 ans
: imaginez qu'il ait rejoint le club, qu'il nous ait quitté à 27
ans. Pas de " Happiness is a Warm Gun ", pas de " Come Together
", ni de " Working Class Hero ", " Imagine ", " Jealous Guy ", etc.
Kurt Cobain, avec son talent, avait encore de grandes choses à dire,
de grandes chansons à écrire, dans un genre peut-être différent,
annoncé par la magnifique séance Unplugged et par ses déclarations
encensant R.E.M. et parlant d'une collaboration avec son leader,
Michael Stipe.
Alors, non, il ne sera pas question ici du mythe romantique du poète
suicidé. Par contre, je vais vous parler, entre autre, de ses goûts
musicaux (ainsi que de ceux de Krist Novoselic et de Dave Grohl
et d'autres acteurs principaux de l'histoire), que lui-même ne se
lassait jamais de dévoiler, espérant ainsi profiter de sa notoriété
pour donner un coup de projecteur sur des artistes, souvent obscurs,
qu'il admirait. La musique le passionnait et il aimait faire partager
cette passion. Ses interviews, ses écrits divers (particulièrement
ceux publiés dans son Journal) le prouvent. Et pourtant, on n'en
fait finalement que peu de cas. Un exemple ? Il cite les Vaselines,
nous les présente comme le meilleur groupe du monde, reprend trois
(trois !) de leurs morceaux tout au long d'une discographie finalement
assez courte. Et puis quoi ? Tout le monde fait " Ah oui, les Vaselines,
c'était sympa, ouais, le groupe que Cobain aimait bien, bof… " Et
essayez de trouver un de leur disque aujourd'hui en magasin. Bon
courage. Les auteurs les citent rapidement et puis passent à autre
chose, d'un air de dire " ouais, bon, on s'en fout, passons au scandale
de Courtney se droguant pendant sa grossesse, ça c'est chouette
". Moi, je me suis dit comme ça que j'allais écouter les Vaselines.
Et tous les autres. Pour voir. Essayer de trouver quelque chose,
de comprendre quelque chose aussi, peut-être, qui sait ? Des groupes
hardcore oubliés. De la pop étrange. Des dingues allumés. Du gros
hard rock ricain. Tout ce qui a façonné le son Nirvana, qui a inspiré
Cobain et ses acolytes. Et devinez quoi ? J'ai fait des découvertes
incroyables. Des artistes dont je lisais les noms en me disant,
comme beaucoup, OK, encore un taré sans talent qui fait du bruit
insupportable pour montrer qu'il existe. Daniel Johnston, par exemple.
Il y a de grandes chances pour que ce livre ne me permette pas de
m'acheter une villa avec piscine au Cap d'Antibes. Peut-être plutôt
juste de quoi me payer un abonnement d'un an à la piscine Champerret
(il y a un chouette toboggan). Mais ça n'est pas grave, parce que
j'ai découvert Daniel Johnston. Et rien que pour ça, ça valait le
coup. Et c'est quand même pour ce genre de raisons qu'on fait ce
métier (?), au départ.
Alors, merci pour tout, Kurt. Je transmets.
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