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Introduction
Le 18 décembre 1999, les résultats d'un sondage CSA réalisé pour
Le Parisien et La Cinquième indiquent que pour 54% des français,
Edith Piaf est la "chanteuse du siècle", très loin devant Céline
Dion (26%), Maria Callas (19%), Barbara et Tina Turner (15%). L'écart
est suffisamment spectaculaire pour être significatif : plus de
trente-cinq ans après sa mort, Piaf reste de très loin la chanteuse
préférée des français.
Mais ce qu'il ne faut pas oublier, en cette époque de French Touch
où l'on découvre un peu surpris que la musique française peut s'exporter,
c'est que Piaf fut une immense vedette mondiale. Avant elle, Maurice
Chevalier avait plu aux américains par son côté typique, tellement
raccord avec l'image que ces derniers se faisaient de la France
et de Paris, mais avec Edith Piaf, ce fut autre chose. Elle était
différente, à tel point que sa première série de concerts à New
York fut un échec : elle n'était pas du tout en phase avec l'image
de la parisienne véhiculée outre-atlantique, grande, belle et sophistiquée.
Les américains virent débarquer une toute petite bonne femme tragique
et terriblement populaire, au sens propre, munie d'une voix à faire
trembler le monde entier, même quand celui-ci ne comprenait pas
un traître mot de ce qu'elle racontait. Et ce fut le déclic. De
la chanteuse des rues parigote, ancrée dans la tradition pesante
de la chanson réaliste (qui appartenait déjà au passé), elle était
tout d'abord devenue une grande dame de la chanson française. Mais
à la fin des années 40, elle devint LA chanteuse. On ne mesurait
plus alors son talent en le comparant à celui de ses rivales des
débuts (Damia, Fréhel, Marie Dubas et quelques autres), mais bien
en la plaçant tout là haut, avec les VOIX, au firmament des chanteurs
ou chanteuses (le sexe n'a plus d'importance à ce niveau) d'exception,
ceux qui provoquent chez l'auditeur un frisson et une émotion incomparables
et irréfléchis, les Mahalia Jackson, Billie Holliday ou Frank Sinatra.
Bien sûr, elle avait un don, quelque chose d'impalpable, qui ne
la quittera jamais, même dans les dernières années de sa vie quand,
à bout de force, elle réussissait encore à tétaniser un public venu
voir un naufrage attendu qui n'arriva jamais. Mais l'étude de sa
vie nous montre aussi une autre Piaf, celle dont se souviennent
ses amis et collaborateurs : un monstre de travail et de volonté,
une bosseuse acharnée, usant pianistes, compositeurs, arrangeurs
et autres chanteurs tout au long de nuits insensées, répétant douze
heures de suite le même morceau pour en extraire ce quelque chose
en plus, indéfinissable, qui fait qu'aujourd'hui ses disques n'ont
toujours pas pris une ride. Car on n'écoute pas Piaf en l'an 2000
comme un souvenir, le témoignage d'un passé révolu ou pour y trouver
une nostalgie quelconque. On n'écoute pas Piaf au second degré,
un sourire amusé aux lèvres, en se disant entre gens du monde que
c'est exquis, tellement ringard que c'en est excellent (ça, c'est
pour Maurice Chevalier, justement)… Non, on écoute Piaf parce qu'on
n'a pas le choix. Parce que personne depuis sa mort ne nous a donné
un frisson pareil. Parce qu'il est difficile d'écouter quelqu'un
d'autre après avoir entendu "Milord", "Hymne à l'amour" ou "Non,
je ne regrette rien". Parce que tous les chanteurs, français ou
autres, se font tout petits devant elle. Parce qu'ils sont effectivement
tout petits. On écoute Piaf comme on l'écoutera dans cent ans, dans
mille ans : en pleurant, en riant, en aimant. En vivant.
Piaf était la vie et la chanson : pour elle, c'était la même chose.
Elle n'a jamais cessé de chanter. Il a fallu qu'elle meure pour
ça.
Bien sûr, ses frasques, ses hommes, ses maladies, ses excès, sa
mort, tout cela a toujours constitué du pain bénit pour les journaux,
les médias, les films et les nombreux livres qui lui ont été consacrés.
Cela fait partie du folklore et on peut lire l'histoire de sa vie
comme un roman. On peut aussi essayer d'y découvrir pourquoi Piaf
était Piaf. Mais on ne découvrira rien. Il n'y a qu'une chose à
faire : l'écouter et vibrer avec elle.
Ce livre ne sert à rien.
Lisez-le quand-même.
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