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Chris Whitley est un gentil garçon à l'aspect fragile, d'une minceur
presque inquiétante. Il s'exprime d'une voix douce et chaude. Mais
quand il parle de musique, ses yeux brillent. Et quand il joue de
la guitare, mon Dieu... "Intensité" est probablement le mot qui
définit le mieux ce personnage. Apparu en 1991 avec Living With
The Law, album dominé par sa voix et son jeu de National Steel
(guitare dobro, acoustique dont le corps est en métal et le son
très particulier), il est devenu un des nouveaux "sauveur" du blues.
Ce qui est intéressant, c'est qu'il ne joue pas de blues. D'ailleurs,
quand on lui dit "Blues", il répond "Punk". Ou "Jazz". Entretien
rafraîchissant :
A l'époque, on m'a comparé à John Campbell, je ne vois pas pourquoi,
simplement parce que je jouais du dobro, probablement...Je ne suis
pas un bluesman acoustique. Je ne suis pas un puriste. Fucking puristes!
J'aime le bruit. My Bloody Valentine, Sonic Youth, ou le Velvet
Underground, qui jouent de beaux accords avec un son super crade,
j'adore ça, je veux m'en rapprocher. Les sons, les bruits inharmoniques
peuvent faire partie d'une chanson. La musique d' Hendrix en est
le plus bel exemple.
Hendrix. Le mot est lâché. A l'écoute du nouvel album de Chris,
Din Of Extasy, on comprend mieux. Du boucan, il en fait,
avec sa guitare, et du beau, du sale, du distordu.
Le premier disque que j'ai eu, vers 71 ou 72, c'était Smash Hits,
la compilation Hendrix, avec "Crosstown Traffic", tous ces morceaux.
fabuleux.
Ta bio mentionne aussi Led Zep...
C'étaient mes parents qui écoutaient ça. En 69, j'avais neuf
ans, j'entendais ça toute la journée. J'ai grandi avec cette musique.
Tous ces trucs d'open tuning (accordages particuliers de la guitare)
que je joue me viennent de Jimmy Page. "Friends", toutes ces chansons
acoustiques du troisième album sont formidables. Dans les grands
anciens, lui et Johnny Winter sont mes préférés. Toutes ces influences
créatrices mélangées, le folklore écossais, celte, anglais, c'était
vraiment cool. Mon truc acoustique vient de là. C'est peut-être
la seule comparaison qu'on puisse faire avec Jeff Buckley.
Il dit ça parce que le nom du beau Jeff revient souvent dans la
bouche de certains, à cours d'arguments promotionnels (comment "vendre"
un type comme ça ?).
Nous n'avons rien en commun, si ce n'est une maison de disque
et le fait d'être des artistes solos avec une guitare!
Que penses-tu de la "reformation" Page-Plant ?
Ça ne m'intéresse plus. Après "Physical Grafitti", ils ont cessé
de me passionner. A 15 ans, j'en ai eu marre de tout ça. Je les
avais écouté toute ma vie... Mais j'y reviens maintenant, avec ma
copine, qui est plus jeune que moi et qui les découvre. Elle me
les fait réécouter : "Écoute, c'est le meilleur groupe du monde!".
Et je fais "Ouais, ouais, je sais"!
Tu avais viré punk, à l'époque ?
Le punk, pour moi, c'était Iggy : "Metallic KO", "Idiot", "Lust
For Life". Mais j'ai découvert en même temps Thelonious Monk, Nat
King Cole, John Coltrane, Miles Davis avec "Kind Of Blue". Pour
moi, c'est tout ça le blues, un esprit, pas une forme étriquée.
A propos d'Iggy, ton batteur, Dougie Bowne, a joué avec lui ?
Oui, sur "Party"...
Hum...
Ah, je l'aime bien... Ce n'est pas la meilleur période, bien
sûr. Dougie et Alan Gevaert, le bassiste sont très forts. Ça m'a
beaucoup motivé de jouer avec ces mecs. Ils peuvent passer du punk
au jazz sans problème. Le premier groupe que j'ai eu était déjà
un trio, dans l'esprit de Cream ou de l'Experience... Il y a tant
de possibilités avec cette formule. "Less is More".
Comment écris-tu, tu as un Home-studio ?
Non. Je ne suis pas contre la technologie, encore une fois, je
ne suis pas un puriste, j'ai des trucs, comme des guitares synthés,
depuis des années. Mais pour écrire une chanson, c'est une guitare
et un walkman, point. Les limitations me rendent plus imaginatif.
Même les quatre pistes, je n'en utilise jamais... Ça oblige à trop
penser en termes d'arrangements plutôt que de chansons. Mon style
de guitare est "clumsy" (maladroit, brouillon). J'ai élaboré
à partir de mes maladresses, de mes faiblesses, plutôt que de rendre
tout hyper clean, comme un Joe Satriani.
Comme ces vieux bluesman, qui jouaient comme des pieds, d'un
point de vue académique ?
Ou comme les punks ! Thelonious Monk, My Bloody Valentine., même
combat! L'expressivité n'a pas besoin de technique, de précision.
On parle du Mellotron, cet instrument mythique, qu'il utilise sur
"Narcotic Prayer". Je lui dis que je vais peut-être en acheter un.
Tu dois l'acheter, absolument! Le tuning est affreux. Ça tourne
de travers. C'est vraiment cool. Ca n'a rien a voir les samples.
Dans quelques années, j'aimerais faire un énorme truc orchestral,
un disque studio avec du banjo, des mandolines, des cordes. Ou du
Mellotron. Amène le tien !
Promis.
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