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mais essayant
de brosser un tableau, plus ou moins réussi, de l'environnement.
Cette tradition, héritée du 'nouveau journalisme' américain de la
fin des années soixante et des années soixante-dix (et dont les
fers de lance furent des magazines comme Rolling Stone et des auteurs
comme le récemment suicidé Hunter Thompson) a engendré de beaux
textes et certaines dérives délirantes ou parfois consternantes.
C'est peut-être pour éviter celles-ci que Rock & Folk et les autres
ont fini par interdire à leurs journalistes de s'exprimer à la première
personne… Arguant que tout le monde n'avait pas le talent de Thompson
ou de Tom Wolfe. Certes, mais moi, j'aimais bien ça. Et c'est aussi
pour ça que j'avais eu envie d'écrire dans Rock & Folk. Et la fin
de cette époque, que j'ai vécu, est aussi pour beaucoup dans mon
désintérêt actuel pour cette presse (et donc dans ma décision d'arrêter
d'y collaborer).
Dans l'avion qui m'emmène à Atlanta rencontrer Jeff Buckley, je
réécoute son album, Grace. Non seulement je maintiens tout
le bien que j'en ai dit le mois dernier, mais j'insiste: quel disque
! Produit par Andy Wallace, qui a entre autre à son actif Soul Asylum
et Nirvana (le mix contesté de Nevermind), un sacré changement
par rapport au premier EP 4 titres de Jeff enregistré live et en
solo dans un bar irlandais de New York, le "Sin-é".
La trajectoire
du fils du mythique Tim Buckley (mort d'une overdose en 1975) est
étonnante. Il naît en 1967, alors que ses parents se séparent. Il
ne verra son père qu'une seule fois, à l'âge de huit ans, sans lui
parler. Enfin, sa mère et lui ne seront pas invités aux funérailles.
Voilà pour ce qui est de "l'héritage". S'il y a transmission d'un
don, elle est donc purement génétique. On comprend que toute référence
au père soit plutôt malvenue, voire interdite. Car évidemment, les
journalistes, émerveillés par cette voix si proche de "l'autre",
ont eu un peu trop tendance à insister. Jusqu'au public, comme lors
d'une prestation solitaire de Jeff, où une spectatrice hurla en
plein silence suivant un morceau impressionnant : "Formidable
! Tu as exactement la voix de ton père !". Ça peut énerver.
Malheureusement, tout cela est compliqué et on ne peut pas EVITER
la question. En effet, même s'il a été élevé par son beau-père ("
Il travaillait comme mécanicien dans son garage, en écoutant
Led Zeppelin à fond la caisse, j'ai grandit dans cette musique.
") en Californie du Sud, sa première apparition scénique importante
eut lieu à New York en avril 1991 lors d'un "Tribute to Tim Buckley"
où il se rendit sans être annoncé (à sa demande), médusant l'assemblée
en reprenant " I Never Asked To Be Your Mountain ". La ressemblance
physique, vocale, a du donner le frisson à ceux qui avaient connu
le père. Et cette chanson, justement, où il évoque sa femme et son
fils... " Les poissons volants / Me parlent de mon enfant / Enveloppé
de récits amers et de chagrin / Il demande juste un sourire / Il
n'a jamais demandé à être sa montagne / Il n'a jamais demandé à
voler / A travers ses yeux son amour revient / Lui dit de ne pas
pleurer / Elle dit : "Ton vaurien de père s'est enfuit / Avec une
danseuse qu'il appelle une Reine / Avec ses cartes volées, il joue
/ Et rit, mais jamais ne gagne" (...) / Mon doux amour, reviendras-tu
/ Et m'aimeras-tu un peu? / S'il te plaît prend ma main / Je suis
parti trop longtemps / Maintenant je suis revenu à pour rester /
S'il te plaît ne me laisse pas / De nouveau comme ça / Je t'en prie,
reviens à la maison ". Troublant... Pas facile d'être le fils
abandonné d'une légende et d'échapper au fantôme.
Une chanson
de Jeff, " Dream Brother ", parle de son meilleur ami qu'il aime
tellement qu'il aurait voulu qu'il soit son frère aîné... " C'est
un musicien, constamment sur la route, les gens, les drogues, les
drogues... Je me fais beaucoup de souci pour lui, beaucoup de choses
ont été foutues en l'air dans sa vie... Je ne voudrais pas que ses
enfants soient... comme moi ". A ce point de l'interview, je
n'aurai pas le courage d'enfoncer le clou, je changerai de sujet.
Là s'arrêtera l'évocation du père.
Cette première apparition publique le décida en tout cas à s'installer
à New York. Auparavant, en Californie, il avait exercé une foultitude
de petits boulots " dans un hôtel pendant trois ans, vendeur
de vêtements, électricien, etc... ", tout en jouant de la musique
depuis l'âge de treize ans, gagnant aussi sa vie comme sessionman,
guitariste, choriste ou enregistrant et produisant des maquettes
pour d'autres, " des copains qui faisaient des demos, qui me
filaient $60 par-ci, par-là ".
A New York, il rencontre Gary Lucas, ex-guitariste de Captain Beefheart,
avec qui il forme un groupe éphémère, Gods & Monsters. Ils co-écrivent
deux chansons, " Mojo Pin " (ouverture de tous ses concerts et CDs
à ce jour), et " Grace ", qui donne son nom à l'album. Puis de nouveau
" plus de groupe, plus d'argent, j'ai commencé à jouer en solo,
pour des raisons artistiques et économiques... Je jouais pour les
pourboires, parfois un pourcentage sur les entrées. Et j'ai enchaîné,
gigs sur gigs... ". La vieille école, sur le tas, à l'abordage,
seul face aux quelques éméchés tardifs hurlant des demandes incongrues.
Formateur. Et le mot se répand, il y a ce gars, tout seul avec sa
Telecaster et une voix incroyable qui se produit au "Fez" ou au
"Sin-é", qui mélange tous les styles, inouï. Et puis, c'est le fils
de... Et pour la première fois de l'histoire de ces troquets, des
limousines viennent se garer juste devant. Ce petit gars fait descendre
les executive managers des majors dans un pub enfumé du Lower East
Side ! Comme au bon vieux temps, quand Jac Holzman allait, sur l'autre
côte, signer les Doors à la sortie du "Whisky a Gogo", ou... Tim
Buckley ! Et pas n'importe qui, genre Clive Davis himself, big boss
d'Arista : éconduit. Ou encore Sony, qui emporte le morceau. Jeff
demande juste qu'on lui permette de tourner comme il veut, et d'enregistrer
des disques comme il veut : on croit rêver. Le conte de fées. "A
Star Is Born", Capra-Lubitsch-Cuckor pas morts !
La suite, c'est le EP enregistré il y a un an, puis l'album, terminé
début 94 aux studios Bearsville de Woodstock. Avec groupe. Et quel
groupe ! Parfaits inconnus au bataillon, Mick Grondhal à la basse
(" Il n'avait jamais joué dans un groupe avant. C'est parfait.
Groovy ! "), Matt Johnson à la batterie, plus Michael Tighe,
dernier arrivé, à la seconde guitare. Ces gars l'ont vu jouer en
solo, et sont venus lui proposer leurs services parce qu'ILS AIMAIENT
CE QU'IL FAISAIT ! " C'est la seule façon de procéder. Je m'en
fous qu'un gars ait 17 ans et ne sache pas jouer ". Hey, punk
? Pas loin, pas loin... L'album à peine bouclé, quoi d'autre ? Une
tournée à travers les States, une date par jour. AVANT QUE L'ALBUM
SOIT SORTI ? Ben oui. Ça se passe comme ça chez les Buckley.
Et le 6 août,
c'est Atlanta. J'atterris. Douane : " Vous êtes en vacances
", "Euh, oui ", " Pour 2 jours ? ", " Ouais
", " Votre métier ? ", (j'hésite) " Musicien " (ne
jamais dire qu'on est journaliste, ça les énerve)… " Quel instrument
? ", " Euh... de tout, enfin, je suis chanteur, enfin songwriter...
", " Ah oui, et vous chantez quoi, des berceuses (lullabies)
? ", " Des french songs ". Ce qui clôt rapidement la discussion.
Arrivée à l'hôtel, partout des blancs (moches, gros, cons) et des
noirs (beaux, gros, rayonnants) qui ne se mélangent JAMAIS. A la
réception, un employé blanc devant lequel les blancs font la queue,
et un employé noir avec, devant lui, les noirs. Et moi, évidemment,
l'égaré que tout le monde regarde en coin. Tout donne l'impression
que les noirs sont chez eux, gais, drôles, intelligents, cools,
et que les blancs (enfin, les roses) sont coincés, apeurés, agrippés
à leurs ex-prérogatives. Une sorte de fin de race qui survit dans
l'angoisse. Paix à leurs âmes de gros porcs. Je rentre en contact
avec the photographer, Philippe Mogane, qui vit aux USA depuis
vingt ans, et à Atlanta depuis plusieurs années. Rien ne vaut un
bon guide, équipé d'une super Ford noire de sport (sorry, Philippe,
j'ai oublié le modèle). Quelques bières et des nouvelles du pays
(i.e., la rue de Nantes), on se raconte nos vies (surtout la sienne,
normal, elle est plus longue, Haight Ashbury 66 ou Open Market 72,
je ne peux pas lutter...). Au retour, on écoute le CD de Jeff Buckley
à fond dans la voiture en parcourant Atlanta de nuit, mon Dieu,
je ne l'avais jamais écouté aussi fort, du coup, je redécouvre des
trucs. Philippe a l'air d'aimer ça, il me dira le lendemain " C'est
de la super musique pour tirer ". Un compliment, je suppose.
Samedi, je m'échappe, seul, à pied (un exploit, vu la taille de
la ville). Underground Atlanta: le truc débile américain
typique, des rues en sous-sol, sous les vraies (où il n'y a plus
personne), sorte de forum de Halles à la gloire de Coca-Cola. Parce
qu'Atlanta, c'est: guerre de sécession, Martin Luther King, Coca
Cola. Et bientôt les jeux olympiques. Et basta. Je prends Auburn,
pas un chat, quelques blacks, je serai le seul blanc pendant deux
heures. Vielles baraques typiques du sud, le Martin Luther King
Center, la maison où il est né, des familles blacks qui se font
photographier sur le perron. J'arrive dans l'endroit "hip", Little
Five Points, sorte de Haight Ashbury miniature, boutiques de sapes,
de disques. Moi, c'est librairie direct, le rêve, je manque devenir
fou et exploser ma carte de crédit. Je me restreins : Lester Bangs,
Psychotic Reactions & Carburator Dungs d'époque (à quand
une traduction française?), un inédit de Kerouac et une compilation
d'articles de Rolling Stone vintage. En plus, il fait beau. Certains
endroits vous donnent l'impression d'être chez vous à l'autre bout
du monde...
Le soir, c'est le concert dans un club de ce même quartier, The
Point, le genre d'endroit parfait qu'on meurt de ne pas avoir en
France (nous, c'est Gibus ou Zénith, je schématise à peine). Cool,
deux bars, des éclairages et une sono pros, une bonne ambiance,
des bons groupes. Philippe me raconte qu'il y voit souvent ses potes,
les Fleshtones, enflammer l'endroit. Il m'a offert le 45 tours des
Stooges, I Got A Right, qu'il a produit sur son label, Siamese
Records, dans les années 70. Rock'n'roll.
Minuit, Le groupe se pointe sur scène (en traversant la salle, les
loges sont au-dessus du bar!), plus mine de rien, tu disparais.
Jeff entonne une sorte de chant de muezzin a capella qui va durer
quelques minutes: courageux. Le public s'énerve un peu et boum,
c'est le début de "Mojo Pin" qui déboule. Ce mec a quelque chose
dans les tripes, ça se sent. C'est lui la vedette, mais il ne se
la joue pas, il magnétise. Le groupe est discret mais parfait. Les
morceaux s'étirent, avec moult ruptures, variations d'intensité.
La voix est magnifique, son jeu de guitare impressionnant. L'album
défile, plus quelques inédits, les gens découvrent, et pourtant,
c'est le succès. Comme ça, à la qualité, avec beaucoup d'émotion
et de sincérité, sans esbroufe ni jeu de scène ravageur. Les yeux
fermés, Jeff Buckley laisse sa voix s'envoler sur des improvisations
étonnantes. En rappel, une version hallucinée, longue et violente
de " Kanga- roo ", d'Alex Chilton, période Big Star. Et voilà, retraversée
de la salle, détente dans les loges, on discute un petit coup. Mogane
est déchaîné, il a fait ses photos (trois premières chansons, on
se croirait à Bercy, heureusement, elles sont longues!), il drague
tout ce qui bouge. Manque de bol, il tombe sur les deux seules lesbiennes
de la boîte. L'important, c'est de participer.
Dimanche
après-midi, Ritz Carlton, pour l'interview. L'ami Jeff n'a pas dormi,
il est épuisé par la tournée. Il ne s'est pas changé, cette chemise
caca d'oie... Barbe de trois jours. Dans ce décor luxueux-kitsch,
étonnant. Ce mec est très beau, mais il fait tout pour ne pas le
montrer. Pour les photos, c'est " démerdez-vous ". Pas le genre
à se recoiffer nerveusement. " C'est un punk " me confirmera
Mogane (qui s'y connaît). Quand j'arrive pour l'interview, il est
allongé sur le sofa, les yeux fermés... Je lui annonce que son album
est disque du mois dans Rock & Folk, il a l'air consterné ! "Merci...
Je suppose." D'un air de dire mon pauvre vieux, vous ne savez
plus quoi inventer, vous autres journalistes. J'embraye sur Édith
Piaf, dont il reprend de façon étonnante " Je n'en connais pas la
fin ", sur son premier EP. " J'ai les deux versions, française
et américaine, le concert du Carnegie Hall, c'est sur le gros coffret
de dix CDs... Je comprends cette musique. Même si ça peut être très
fin, ça vient de quelqu'un qui a vécu, de la rue. Elle était si
puissamment tragique. En fait, ça ne m'étonne pas que tu aimes ça
aussi, tu as son style... " (Gasp ! Je ressemble à Édith Piaf
?). Côté influences musicales, on peut dire que l'éventail de Jeff
est... ouvert. De Led Zep à Nusrat Fateh Ali Kahn, en passant par
Charlie Mingus, Van Morrison (il reprend " Young Lovers Do ", from
Astral Weeks), Benjamin Britten (un chant de Noël, sur l'album)!
Difficile de coller une étiquette, après tout ça. Songwriters préférés
? " Nick Cave... James Brown. Raymond Asso... Mon Dieu, il y
en a tellement! Tout ce qui possède l'âme (soul), en fait... Nina
Simone (il fait une sublime version de " Lilac Wine "). Et cette
version du " Hallelujah " de Léonard Cohen, connaît-il celle de
John Cale ? " Et bien, en fait, je joue la version de John Cale,
c'est de là que je la tiens, de ce disque, I'm Your Fan, que j'avais
écouté chez un ami. Je connais aussi l'original de Leonard, mais
il ne chante pas tous les couplets, la façon dont John l'interprète
est si... simple ". Genre je les appelle déjà par leurs prénoms.
Non, c'est sans prétention. Le gars est COOL. On parle guitares.
" J'aime jouer solo et électrique. Avec l'électrique, on peut
aller des Sex Pistols à... Joe Pass ". Un bon résumé, finalement.
" J'ai appris à jouer tout seul, puis j'ai pris quelques cours
avec un gars très branché jazz. Ca m'a enrichi au niveau harmonique,
position d'accords, mais je n'ai gardé que le principal. Je cherche
mes propres accords, mes propres open-tunings, pour avoir certaines
tonalités qui apparaissent qu'on n'obtient pas avec un accordage
standard. Des neuvièmes ou des treizièmes, sans que ça sonne comme
du jazz de branleur. " Et comme il a l'oreille parfaite (de
la muzak s'écoule du poste de radio, il me fait " ça c'est en
fa mineur "), il désaccorde-réaccorde sa guitare à la vitesse
du son, entre les morceaux. Pas comme Keith Richards qui a une guitare
par accordage. " Ou Chris Cornell de Soundgarden, qui a toutes
ces guitares, une par morceau, c'est incroyable... Ça et les jaguars,
le strass...". Il a tourné avec eux, il les aime bien, mais
on ne sent pas d'envie pour tout ce décorum. A propos, quels sont
les gars d'aujourd'hui dont il se sent proche ? " Proche? Disons
que j'aime bien Stereolab, Red House Painters, la la la (il cherche),
come on baby! Euh... Pavement, Jesus Lizard, Melvins. " Ah bon,
les lecteurs avaient peur de devoir acheter le dictionnaire du jazz...
Et cette fascination pour Led Zep? Dans "Grace", les cordes me font
penser à " Kashmir ". " Peut-être parce que c'est la seule fois
où tu as entendu des vraies cordes sur du rock heavy... (Il chantonne
le passage "indianisant") Ces sections de cuivres et de cordes arrangées
par John Paul Jones... Moi je pensais plutôt à Motown. Mais on ne
peut pas lutter, hein ? " Ces empreints aux gammes orientales,
il a l'air d'aimer ça : " J'adore ça, la muzak indienne, ou Oum
Kalsoum avec le grand orchestre égyptien derrière elle. " Sur
scène, pourtant, la formation est plus ramassée. Ca ne te manque
pas, un clavier ? " Si je trouvais la bonne personne, ça serait
parfait. Je joue un peu de piano, aussi, oh, j'aimerais te faire
écouter ces impros qu'on a faites avec le groupe, on venait de s'engueuler,
et on a eu cette sorte... d'épiphanie libératrice de toute cette
merde. Je jouais comme Phil Glass sous Angel Dust essayant d'être
Sun Ra ou je ne sais qui. C'était formidable! " J'imagine. Alors
justement, avec toute cette culture, des projets différents ? "
Oui, bien sûr, mais le groupe a encore une énorme marge de manœuvre,
nous évoluons sans cesse. A part écrire des chansons, j'aimerais...
Ca n'arrivera sans doute jamais, mais quelqu'un m'a demandé de jouer
à Lollapalooza, si ça arrivait, pour rendre la chose vraiment Lollapaloozesque,
j'en ai rêvé, j'aimerais un grand orchestre qui ferait croire aux
gens qu'ils sont sous un mauvais acide, une sorte de cabaret, où
je chanterais des chansons de vingt minutes que personne ne connaît,
et d'autres de trente secondes, des covers. " Oui, je vois.
Et le succès, comment voit-il ça ? " C'est facile d'avoir du
succès, ça n'a pas grand chose à voir avec la musique, mais avec
le look, l'exposition médiatique... Mais bon, c'est aussi le meilleur
bizness qui existe : faire plaisir aux gens dans un concert ou avec
ce petit bout de plastique qu'ils écoutent chez eux. Je serai toujours
musicien, je n'ai pas besoin d'avoir ma photo partout, de devenir
une vedette de série, ou quoi que ce soit de ce genre. Ce que je
veux, c'est toujours pouvoir jouer, en contact avec le public, dans
des petits clubs. Je ne dis pas ne jamais faire de gros concerts,
ça serait idiot, c'est fantastique aussi, mais pouvoir faire les
deux. " En fait, la vie sur la route, il aime ça ? " Ouais.
Le seul truc, si je pouvais changer, c'est la bouffe ! Qu'est-ce
qu'on mange mal, aux USA, Welcome to the grease factory ! "
Et bien, il n'a qu'à venir en France, ça le changera : mauvaise
musique, bonne bouffe (on ne peut pas tout avoir).
On enchaîne sur la séance photo : lunatique, chapeau et tasse de
café à la main, déambulant dans les couloirs du Ritz... Un bohémien,
un vrai. Puis on se dit au revoir, rendez-vous à Paris le 22 septembre,
pour un concert à l'Erotika. Philippe et moi sommes vidés, on va
s'en jeter quelques-uns uns en compagnie de sa copine, Angie Bowie
(sorry, Jérôme), qui vit à Atlanta (quelle drôle d'idée ! Il y a
Elton John aussi, mais lui on ne l'invite pas). On se marre bien,
elle prépare un disque, elle va venir en Europe à la rentrée. En
fait, on est torchés comme des coings.
Le soleil se couche, rentré à l'hôtel, j'écoute, dans un semi-coma,
une interview de Jeff sur 99X, LA radio branchée de la ville. Un
auditeur appelle pour dire qu'il sonne comme Robert Plant, mais
en mieux enregistré... Sacrés farceurs ! Jeff joue en direct un
morceau sur sa Gibson acoustique dont il m'a parlé un quart d'heure
(" Une réédition, du modèle utilisé par Robert Johnson. Avec
une guitare comme ça, tu as toujours envie de jouer, c'est comme
une extension de toi-même "). L'interviewer lui dit que Columbia
met le paquet sur lui, qu'il est peut-être the next big thing, du
moins la compagnie semble le souhaiter. Réponse : "Ah ouais,
ben, ils risquent d'avoir une sacrée surprise au réveil !" Je
m'endors heureux.
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